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Easter Island: Early Witnesses

Eugène Eyraud


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en hiver, et, quoique la saison soit peu rigoureuse, elle ne laisse pas de se faire sentir à des gens aussi sommairement vêtus que nos Kanacs. Les pluies sont peu prolongées, mais elles sont fréquentes, et il règne parfois un vent assez fort pour rendre la mer très-grosse, et l'île inabordable pendant huit ou quinze jours. C'est à cette époque qu'il vint à mes Kanacs une idée nouvelle: ils se mirent en tête de me faire construire une barque. J'eus beau protester que je n'entendais rien à une pareille besogne; protestation inutile: ils étaient tous persuadés que je savais tout, que je pouvais tout, même fabriquer un navire sans bois et sans instruments. Mon embarras n'était pas mince. Je vous ai déjà dit comment ils s'y prenaient quand ils voulaient absolument exiger quelque chose de moi. Ils commencèrent donc le charivari. "Du bois! criaient-ils, nous en avons de trop." Et ils parcourent l'île, ramassent tous les bouts de planches, tous les morceaux de bois, droits, crochus, pourris, qu'ils peuvent rencontrer. Cette barque devait donc être le fruit d'une contribution nationale. En d'autres circonstances, j'ai remarqué cette coutume de faire contribuer tout le monde à un travail regardé comme important. Il ne vient à personne la pensée de s'y soustraire. Inutile d'ajouter qu'il me fallut aussi faire le sacrifice de ce que j'avais de bois. Avec de si nombreux et si beaux éléments, j'aurais eu mauvaise grâce de refuser plus longtemps de me mettre charpentier et constructeur. Les pointes qui me restaient y passèrent, et, au bout de quinze jours, mes impatients Kanacs purent voir quelque chose qui ressemblait à une barque. Ah! les quinzes jours leur avaient paru bien longs. Ils m'avaient à peine laissé le temps de manger.

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